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Posted in Analysis, Publications

[FR] Haro sur la christianophobie

Le pape Benoît XVI dans son discours des vœux n’a pas hésité à parler pour la première fois de christianophobie pour dénoncer les attentats anti-chrétiens de Bagdad et d’Alexandrie.

Il existe un vocabulaire précis pour désigner l’intolérance pratiquée à l’endroit des juifs ou des musulmans: l’antisémitisme et l’islamophobie. Le terme de christianophobie, est très rarement utilisé mais il recouvre bien ce qu’il signifie. Pour autant, selon le Vatican, 75% des croyants persécutés dans le monde en raison de leur foi sont des chrétiens. Au Proche et au Moyen-Orient en particulier, où vivent 20 millions de chrétiens. Leurs communautés, trop souvent soumises à la menace et à la violence, vivent un exode continu depuis des décennies.

Pourquoi ? C’est là, la question que l’Occident se pose devant l’intolérance religieuse et cette violence manifeste.

Le Moyen-Orient forme la région du monde qui cristallise le plus de difficultés politico-religieuses. Dans la mesure où il s’agit du berceau du christianisme, un symbole est en jeu. Mais bien qu’installés en Egypte avant les conquérants arabo-musulmans, les Coptes, héritiers de l’ancienne civilisation des pharaons, sont accusés de leur seule présence dans le pays des pyramides. Vue comme un reproche vivant, elle prouve que le Moyen-Orient n’a pas toujours été islamique. Ces attentats visent ainsi à faire disparaître les chrétiens d’Orient.

Mais c’est aussi peut-être parce qu’on identifie le christianisme au monde occidental. Cette haine du chrétien dépasse le cœur de la foi. En s’attaquant aux églises, aux prêtres, aux religieuses, aux fidèles, les islamistes veulent détruire la civilisation occidentale, la démocratie, le capitalisme, ce qu’ils appellent le « néo-colonialisme », la parité hommes-femmes, les Droits de l’Homme, le progrès tel que l’Occident les conçoivent.

L’opinion occidentale a alors tendance à incriminer “l’Islam” en bloc. Mais il faut prendre garde à ne pas simplifier un état des lieux complexe ; d’ailleurs l’attentat d’Alexandrie a été condamné en termes forts, non seulement par des Etats comme le Maroc, l’Arabie Saoudite, la Syrie et l’Iran, mais par des mouvements islamistes radicaux comme le Hezbollah libanais (chiite), le Hamas palestinien (sunnite) et les Frères musulmans égyptiens, dont dépend le Hamas.

 

Et l’Europe ?

Le Pape a demandé aux dirigeants du monde de défendre les chrétiens. Mais quid de l’Europe ? « L’union européenne ne peut être indifférente » s’exclame dans le journal La Croix Mgr Filon, « numéro trois » du Saint Siège, chargé de mettre en œuvre les décisions du Pape. Il fut nonce apostolique à Bagdad de 2001 à 2006. Quelques jours après l’attentat meurtrier d’Alexandrie, l’idée d’une action de l’Union Européenne fait florès. Certains Etats membres (France, Italie), le Parlement européen (Mario Mauro du PPE et Gianni Pitella du S&D) et la Commission ont montré leurs souhaits en ce sens. En tête de pont, la ministre française des affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie a demandé à Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne de mettre le sujet à l’ordre du jour du prochain Conseil affaires étrangères le 31 janvier. Cette demande a été cosignée par son collègue italien, Franco Frattini. Pour elle, « il est urgent d’agir » en faveur des chrétiens d’Orient, « l’antichristianisme est aussi intolérable que l’antisémitisme et l’anti-islamisme ». La ministre française des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie appelle dans « Le Figaro Magazine » de samedi 8 janvier à « aller au-delà de l’émotion et des actions ponctuelles pour définir une vraie stratégie et des réponses globales » en faveur des chrétiens d’Orient. Les chrétiens qui se sentent visés en Irak et en Egypte « doivent pouvoir bénéficier du droit d’asile, évidemment, mais cette réponse, de notre part, ne peut être que ponctuelle », souligne-t-elle. Observant que plusieurs pays européens agissent aujourd’hui « de façon disparate », la ministre française prône ainsi une « meilleure coordination » qui rendrait les actions « plus efficaces ».

Les attentats de Bagdad et d’Alexandrie ont suscité de nombreuses réactions indignées – notamment dans le milieu intellectuel et pas forcément chrétien. Ces réactions ont au moins eu le mérite de porter à la face du monde, et à la connaissance de l’Occident en particulier, le martyre qu’endurent depuis des années les chrétiens d’Orient.

A l’occasion du 1er janvier, proclamé par l’Eglise catholique Journée mondiale de la paix, Benoît XVI a annoncé la tenue en octobre à Assise d’une rencontre interreligieuse pour la paix dans le monde. Face aux attentats récents de Bagdad et d’Alexandrie, le Pape veut mettre en garde contre la tentation de l’islamophobie, et appelle les gouvernements à lutter contre l’intolérance religieuse. Le pape veut placer cette réunion, vingt-cinq ans après celle organisée par son prédécesseur Jean Paul II dans la ville de saint François. Il veut aussi rappeler l’objectif de « renouveler solennellement l’engagement des croyants de toute religion à vivre leur propre foi religieuse au service de la cause de la paix ».

Christophe Lafontaine