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Posted in Homilies FT, Patriarch, Saints Mariam and Marie Alphonsine

[FR] Homélie de S.B. Fouad Twal, Messe d’action de grâce pour la Béatification de Mère Marie-Alphonsine

fouad-alfonsinaJérusalem, regarde vers l’Orient, vois la joie qui te vient de Dieu.” (Ba 4, 36). Dimanche dernier, nous avons vécu à Nazareth une journée inoubliable dans l’histoire de notre terre. Il n’est pas exagéré de dire que cette journée nous a remplis d’ivresse et nous a propulsés au paradis!…

En effet, une fille de notre terre, une fille de Jérusalem, humble et pauvre, amie de Dieu et de la Vierge, a été élevée à l’un des plus hauts degrés de gloire. Proclamée Bienheureuse, Mère Marie-Alphonsine est devenue membre d’une nuée de témoins ; elle a rejoint l’élite de ceux qui ont vécu sur cette terre et porté d’âge en âge le flambeau de la sainteté, depuis notre père Abraham jusqu’à Marie de Jésus Crucifié, qui a vécu en même temps que Marie-Alphonsine à Bethléem.

Nous désirons aujourd’hui méditer avec vous cette question : qui est grand aux yeux du monde? Qui est grand aux yeux de Dieu?

Pour évaluer la grandeur, les critères du monde sont différents de ceux de Dieu. Aux yeux du monde, les grands sont les politiciens, les milliardaires, les top models, les stars du showbiz, les sportifs, les savants, les intellectuels… De cette grandeur-là, Bienheureuse Marie-Alphonsine n’a rien eu. Elle n’a jamais pu se vanter de richesse ni de pouvoir, y compris à l’intérieur de la congrégation qu’elle avait fondée. Elle n’a jamais obtenu de diplôme universitaire. Elle n’a jamais été dotée de capacités intellectuelles particulières : son arabe lui-même était approximatif. Jamais elle n’a reçu de médaille : au contraire, elle a été critiquée et persécutée. Même la beauté physique lui a fait défaut.

Et pourtant, c’est elle qui a été GRANDE.

Par la force de sa prière, elle a obtenu grâces et miracles pendant sa vie et après sa mort. Par la vigueur de sa foi, elle a eu accès à une connaissance qui dépasse mille fois ce que la raison et la philosophie peuvent atteindre. Par la beauté de son âme, son visage rayonnait et lui gagnait le cœur de ses élèves. Par sa docilité à la volonté de Dieu et aux désirs de la Vierge, elle a fondé la Congrégation du Rosaire et les premières écoles de filles dans les paroisses où elle a servi.

On le voit, la grandeur selon Dieu est bien différente de la grandeur selon les hommes.

“Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort.” (1 Co 1, 27)

L’humilité. Si l’humilité consiste à descendre vers, à se pencher sur, alors on peut dire que plus la distance est grande, plus l’humilité est grande. Ainsi la kénose du Fils de Dieu est l’acte d’humilité le plus grand qui ait jamais été accompli, lui qui, Dieu né de Dieu, est descendu chez les hommes, a lavé les pieds de ses disciples et est mort sur la croix. Le Christ n’a pas dit à ses disciples : “Apprenez de moi à prophétiser et à chasser les démons” ; il a dit : “Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur”. L’humilité est le fondement de toutes les vertus. Qui pratique la vertu d’humilité acquiert toutes les autres. A l’image de son Maître, Marie-Alphonsine a été l’humble servante de Dieu.

L’humble est joyeux, l’humble est charitable, l’humble est obéissant, l’humble est chaste, l’humble est détaché des biens matériels. Il est pieux, magnanime, reconnaissant ; il sait pardonner et demander pardon ; il est aimé de Dieu et des hommes.

Les saints sont notre plus bel exemple, l’étoile rayonnante de notre ciel, la boussole qui nous indique le chemin du ciel, ils sont la preuve que l’Evangile est l’unique méthode à suivre pour vivre pleinement notre humanité. Les saints et les bienheureux ont réussi leur vie et l’Eglise, en les déclarant tels, transmet leur réussite à toutes les générations. Les saints sont nos héros, les héros de l’humanité, les héros de l’Eglise et de l’histoire.

Avec saint Augustin, nous nous demandons parfois : “Pourquoi eux et pas moi?” Pourquoi ont-ils réussi et pas nous? Pourquoi Marie-Alphonsine est-elle devenue Bienheureuse et sommes-nous empêchés de le devenir? Que nous manque-t-il pour porter nous aussi le flambeau de la sainteté?

La réponse à ces questions est une réponse de foi : celui qui a élevé Marie-Alphonsine au sommet de la gloire est capable d’élever aujourd’hui à la même grandeur tous les évêques, tous les prêtres, tous les religieux et religieuses, tous les fidèles.

Eglise Notre-Dame du Rosaire, Jérusalem – 28 novembre 2009

+ Fouad Twal, Patriarche